28 avril 2026 /

 

Mottronix : la startup nantaise qui décarbone l’IA

Dans un monde où l’IA et le numérique dévorent une part exponentielle de l’énergie mondiale, Mottronix, ambitionne de réduire drastiquement l’empreinte énergétique de l’IA, tout en contribuant à l’émergence d’une souveraineté européenne.

Rencontre avec Laurent Cario et Julien Tranchant, chercheurs au CNRS et cofondateurs de la startup nantaise deeptech, Mottronix.

Comment est né Mottronix ?

Julien : Tout a commencé il y a plus de 15 ans. L’objectif était de valoriser une découverte faite par Laurent, Benoît et Étienne, chercheurs à l’IMN – CNRS et aujourd’hui cofondateurs de Mottronix. Cette technologie permettait d’envisager des applications mémorielles, notamment pour remplacer la mémoire flash (utilisée dans les clés USB, les disques SSD, etc.). Notre technologie était perçue comme une alternative prometteuse, avec un marché énorme à la clé. Puis, il y a trois ans, on nous a conseillé de suivre des formations en entrepreneuriat, comme Deeptech Founders et Deeptech Starter d’Atlanpole. C’est là que nous avons réalisé qu’il était peut-être pertinent de monter une startup. Nous avons donc rejoint le programme de pré-incubation du CNRS et puis peu à peu, l’idée a mûri.

Nous avons d’abord cherché un CEO externe, sans succès… C’était dommage de laisser tomber ce projet entrepreneurial qui nous tenait à cœur et qui avait tant de sens pour la souveraineté européenne, simplement parce que nous n’avions pas de CEO. Il y a un an, en mars 2025, nous nous sommes dit : « Et si on y allait tous les deux ? » Aucun de nous n’avait initialement envie de se lancer, mais nous avons compris que la solution était de le faire ensemble, en intelligence collective.

Laurent : Nous avions forcément des doutes au départ, mais le jeu en valait la chandelle. Et nous avons un parachute, car nous ne quittons pas notre emploi au CNRS : les dispositifs offerts aux chercheurs aujourd’hui, nous permettent d’être tous les deux à 80% et d’avoir toujours une journée par semaine au laboratoire.

À quel problème répond Mottronix ?

Laurent : Les ordinateurs actuels ne sont plus adaptés aux traitements massifs des données et entraînent une consommation exponentielle d’énergie. Nous sommes face à un problème énergétique, lié à l’architecture des ordinateurs.

Chez Mottronix, nous proposons un nouveau type d’architecture, plus performante et moins énergivore, qui permet de rapprocher la mémoire du cœur de calcul du CPU. Aujourd’hui, le CPU et la mémoire sont physiquement séparés. Les allers-retours incessants de données entre les deux consomment 99 % de l’énergie. Les calculs doivent donc se faire directement dans la mémoire. Pour comprendre, on peut comparer cela à un cerveau humain. Un cerveau n’est pas un bloc CPU qui traite les données et un bloc mémoire séparé. C’est un enchevêtrement de neurones et de synapses intimement reliés pour former des réseaux. Quand un signal électrique parcourt ces réseaux, le traitement et le stockage se font simultanément. 

Pourquoi la question de la consommation énergétique de l’IA est-elle si critique aujourd’hui ?

Laurent et Julien : La consommation énergétique du secteur numérique augmente de façon exponentielle. Il y a quelques années, l’IA et les data centers consommaient à peu près autant que la production électrique de l’Inde. Les projections sont monstrueuses : le numérique consomme 4 % de l’énergie mondiale et pourrait, si les tendances se poursuivent, consommer l’ensemble de la production d’énergie sur Terre d’ici 2035-2040. Cela ne concerne pas seulement les data centers et l’IA, mais aussi l’ensemble de l’activité numérique (téléphones, ordinateurs, production des appareils numériques). 

Quelles premières applications pour vos composants quantiques ?

Laurent : Notre objectif est de développer des puces analogiques, puis de nous diriger vers le marché des microcontrôleurs (puces avec de la mémoire embarquée directement attachée au processeur). Nous visons le marché des mémoires embarquées, utilisées dans de nombreux domaines : industrie, voiture, téléphone, objets connectés, etc.

Où en est aujourd’hui le développement de Mottronix ?

Laurent et Julien : Nous sommes en train de créer la société (avril 2026). Après cela, l’étape clé sera la levée de fonds. C’est un point crucial, car notre startup est très capitalistique. Les prototypes en microélectronique coûtent extrêmement cher. La moindre chose que nous faisons peut rapidement coûter des millions d’euros.

Vous avez rejoint l’incubateur KIVO pour développer Mottronix, que vous apporte l’incubation ?

Julien : Nous étions déjà incubés par Atlanpole. Étant centralien, j’avais déjà une porte d’entrée pour KIVO, l’incubateur de Centrale Nantes, Audencia et Nantes Université. On nous a proposé d’intégrer cet incubateur. Les bureaux à Centrale et l’accompagnement en mécénat de compétence par des experts compétents étaient vraiment les atouts que nous cherchions. Nous étions au départ moins intéressés par la formation, mais elle s’est révélée excellente. Dans les programmes Launch de KIVO, nous avons appris énormément.

Laurent : Grâce au mécénat de compétence conduit par KIVO, nous sommes notamment accompagnés par EY pour la levée de fonds, la relecture de notre pitch, et des discussions qui nous challengent. C’est une aide très précieuse.

En tant que chercheurs, quelle est votre vision sur l’IA à horizon 10 ans ?

Julien : Il est extrêmement urgent de développer un modèle alternatif aux modèles américain et chinois. Les Chinois sont forts en IA car ils disposent d’une base de données colossale, enrichie par une surveillance généralisée, ce qui alimente leurs algorithmes d’IA. Le modèle américain (Meta par exemple) consiste à collecter des données via des applications gratuites. Si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit. Ils collectent des données de cette manière, puis les utilisent pour du profilage. Dans les deux cas, cela pose un réel problème pour les libertés individuelles et la protection des données. Si nous voulons que l’Europe ait une place dans le développement de l’IA, il est urgent de créer un modèle d’IA européen, basé sur les valeurs morales européennes.

Laurent : L’Europe est un des seuls endroits au monde où on légifère, mais nous n’avons pas d’IA équivalente au modèle américain ou chinois. Il est temps d’avoir une IA souveraine européenne et une législation européenne. Avec Mottronix, nous sommes purement sur l’enjeu de transition énergétique. Les grands groupes de la tech ne s’arrêtent pas au constat de la surconsommation d’énergie : ils sécurisent des accords avec des centrales nucléaires ou veulent en construire. Nous, nous voulons réduire cette consommation, avec une IA décarbonée et moins énergivore.

Laurent et Julien : L’autre enjeu de l’IA : aujourd’hui, nous donnons toutes les données de l’Europe aux IA et aux grands groupes de la tech américaine. Quand nous développerons une IA souveraine et basse consommation, cela permettra une IA locale, qui garde les données en local. Nous serons beaucoup moins à la merci de fuites massives de données. C’est un enjeu sociétal très fort. Aujourd’hui, nous sommes le produit comme le dit Julien. Avec des IA plus économes, nous pourrions ne plus l’être.

Un mot pour décrire votre humeur du moment ?

Laurent et Julien : Enthousiastes. C’est une super aventure même si c’est aussi beaucoup de travail. On peut faire beaucoup plus de choses quand on est enthousiaste et la quantité de travail pèse ainsi beaucoup moins. C’est un ressenti aussi partagé par les acteurs bien installés dans le secteur de la microélectronique. Ils nous renvoient que nous avons une technologie extrêmement prometteuse. C’est très enthousiasmant !


Rendez-vous sur le site web de Mottronix pour en savoir plus sur cette jeune deeptech nantaise très prometteuse soutenue par la Région Pays de la LoireNantes Université, CNRS, IMN et accompagnée par Atlanpole, SATT Ouest Valorisation et KIVO.

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